Les Pays Baltes (Mai-juin 2009)

Notre périple dans les Pays Baltes devait commencer par Vilnius, en Lituanie. A partir de là nous devions remonter vers le nord à Riga, en Lettonie, et finir à Tallin, en Estonie, pointe septentrionale de notre voyage. Trois capitales baltes inscrites au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Un programme prometteur.

Mais comme les choses ne devaient pas être si simples, notre aventure commence par la faillite de notre transporteur aérien. Pour atteindre Vilnius le plan B devient: Paris-Tallin sur un premier avion, quelques heures à attendre dans l’aérogare de Tallin, grande comme une gare routière de province, puis Tallin-Vilnius sur un deuxième avion plus petit.

En arrivant à Vilnius, en fin de journée, nous sommes 23 comme au départ de Paris. Le compte est bon ! Nous n’avons perdu personne en route…Par contre la moitié des bagages n’est pas à l’appel ! Palabres en lituano-anglais avec deux employés pas trop zélés de l’aéroport, palabres entre nous pour négocier une brosse à dents et un pyjama de secours pour la nuit à venir. On croit comprendre enfin que le deuxième avion était trop petit pour tous nos bagages et que le reste suit dans un autre avion. Chacun se demande qui, diantre, dans le groupe a pu prendre autant de bagages au point de faire déborder les soutes de l’avion ? L’auteur de ces lignes a sa petite idée …

Premier contact à Vilnius: notre guide. Une femme austère, éduquée à Moscou et utilisant un français démodé des années cinquante. Nous avons l’impression qu’avant chaque mot, elle feuillette son dictionnaire.

Le panache blanc de notre autocar

Vilnius, la ville aux cent clochers,…

Vilnius est une ville vivante dont l’ensemble architectural est d’inspiration catholique due à la grande influence des Jésuites et des Polonais qui ont dominé la région pendant plusieurs siècles. De nombreuses églises bien restaurées telles Sainte Anne, Sainte Bernardine, l’église baroque Saint Pierre et Saint Paul, la porte de l’Aube avec l’icône de la Vierge Marie. Une église orthodoxe nous rappelle que les Russes ont, eux aussi, un moment été les maître.

L' Université de Vilnius

Vilnius est de plus une ville intellectuelle avec une Université historique, fondée par les Jésuites, qui occupe une grande part du centre de la cité.

L’ambiance est assez joyeuse: de la musique dans la rue, des terrasses de café où on peut se protéger du temps un peu frais sous de belles couvertures rouges, des cortèges de mariages où le futur époux doit traverser le pont de la rivière en portant sa promise dans les bras.

Le début du contrat de mariage

Toujours sur ce même pont, une fois le mariage prononcé, les jeunes époux attachent un cadenas et jettent la clé à la rivière, symbole d’une union pour la vie. Il paraît que, comme partout en Europe, le nombre de divorces ne cesse d’augmenter. Le marketing des fabricants de cadenas fonctionne bien…

La fidélité conjugale à Vlnius

Enfin, pour une révision générale sur la ville, ascension de la tour Gediminas à partir de laquelle on peut vérifier que Vilnius, un peu comme Rouen, est la ville aux cent clochers.

Vilnius vue de Gédiminas

Dans les environs immédiats de Vilnius, de la forêt. Une forêt sanctuarisée où ont été éliminés plusieurs dizaines de milliers de juifs durant la dernière guerre. A l’aube de la guerre, près de la moitié de la population de Vilnius, surnommée « Jérusalem du nord », était juive. Aujourd’hui, la communauté juive a quasiment disparu !

Non loin de Vilnius, Trakai, la plus célèbre forteresse de Lituanie, en briques, se dresse au milieu du lac de Galve et abrite une exposition d’objets du 17 et 18ème siècle.

Trakaî

 

Dans la cour du château, le trésorier du groupe se fait coincer dans une sorte d’instrument de torture. Comme on a besoin de son carnet de chèques pour la suite du voyage, il finit par se faire libérer.

On aurait pu en profiter pour lui faire les poches

Autour du château, de magnifiques petites maisons, au toit de tôle (!), se dressent sur les berges du lac. Beaucoup d’entre elles abritent une ancienne secte d’origine tatare juive installée initialement à Trakai pour protéger le site et le château. Malgré notre demande il ne nous est pas possible de visiter l’intérieur d’une maison.

Kaunas, la capitale déclassée,…

Sur la route de Kaunas (attention à la prononciation), nous visitons le grand monastère de Pazaislis actuellement en restauration, mais qui, à l’origine, a été bâti par les Jésuites (encore eux).

Kaunas, enfin, est l’ancienne capitale de la Lituanie. La ville médiévale a été restaurée au tiers, le reste étant dans son jus, c’est à dire d’une grande pauvreté.

La splendide maison de Perkunas en brique du 15ème siècle servait de halle aux marchands ; l’église Vyautas est magnifique mais les fortifications du château sont peu intéressantes.

Comme en fin de journée le temps est franchement mauvais, nous allons nous réfugier au musée pour découvrir le grand artiste de la région, dont tout le monde a oublié le nom. Une sorte de Kandinsky-Boulez local. Un musée d’architecture soviétique, des toiles incompréhensibles malgré les explications que notre guide avait trouvées dans son vieux dictionnaire, et pour finir un morceau de musique que personne ne souhaite pour les funérailles de son ennemi. ?

Il nous faut quitter Vilnius la catholique pour rejoindre Riga la marchande, en Lettonie.

Peu avant la frontière de Lettonie, la Colline aux Croix. Cette colline est un lieu où les pèlerins catholiques viennent des quatre coins du monde pour ajouter des croix de bois et de métal aux centaines de milliers d’autres. C’est très impressionnant, morbide mais aussi très touchant quand on constate la grande piété des pèlerins.

La colline aux Croix

Le long de la route qui mène à Riga, beaucoup de forêts et quelques champs de colza (c’est la saison).

Au milieu des champs de colza, le château de Rundale, sorte de palais de Versailles en belles briques roses. Comme si Louis XIV avait eu l’idée d’installer sa cour en pleine Beauce! Le premier propriétaire, fondateur de Rundale, eut la malice , pour s’offrir ce magnifique château, d’être l’amant d’une tsarine, Anna Ivanovna, puis, comme les travaux n’étaient pas finis, d’attirer les grâces et probablement de monter dans le lit de l’Impératrice la Grande Catherine II. Bénéficier du mécénat féminin demande de la persévérance.

Le château de Rundale

 


Riga, le grand port marchand,…

Riga, grande ville sur la Daugava et très proche de la mer Baltique a été et reste le grand port de l’Europe centrale. Tous les grands pays voisins se sont donc intéressés à elle et y ont laissé leur trace.

Notre hôtel est dans un ancien couvent, au cœur de la vieille ville. Autour, de nombreuses églises, dont certaines sont devenues des temples luthériens, marque d’une longue présence allemande, et des maisons de guildes qui laissent penser que la ville de Riga était riche et active. Parmi celles-ci, la maison des têtes noires, petit palais de style flamand, sorte d’ancienne chambre de commerce qui doit son nom à son Patron, Saint Maurice originaire d’Afrique.

La maison des têtes noires

Mais aussi la maison des chats : les propriétaires de cette dernière, en opposition avec la corporation installée dans le palais d’en face, avaient placé sur leur toit deux représentations de chats montrant ostensiblement leur postérieur aux occupants de l’autre côté de la rue. Un bras d’honneur en quelque sorte. Un accord amiable entre les deux corporations a permis aux figurines de chat de retrouver une orientation plus conforme à la politesse.

La maison des chats

Les allemands ont laissé aussi, à l’issue de la 1ère guerre mondiale, 5 immenses hangars à zeppelins qui ont été judicieusement récupérés par les Lettons et placés à proximité du port pour en faire leur marché couvert central aux dimensions comparables à Rungis.

Le temps est superbe, les soirées sont longues, la musique et les fleurs sont partout, les terrasses de café accueillantes et les filles (non seulement de Riga mais aussi de notre groupe…) sont très belles. Nous apprendrons à notre retour qu’il y avait un concours de mannequinat lors de notre séjour !

Dans les décennies qui ont précédé la première guerre mondiale, les russes entendaient faire de Riga une des 5 villes remarquables de l’Empire, comparable, par exemple, à Saint Pétersbourg.

L’architecte Eisenstein, le père du cinéaste, a développé tout un quartier proche de la vielle ville dans le style de l’époque, Art Nouveau. Sur une aire grande comme l’Ile de la Cité, tous les immeubles, de 5 ou 6 étages, ont été construits, décorés et colorés avec les fantaisies qu’autorisait alors l’Art Nouveau, aux tons de café, chocolat, chantilly, framboise et pistache.

Le paysage, au départ de Riga vers Tallin, est moins monotone que l’arrivée vers Riga. Une impression de Suisse Romande avec une succession de collines et de vallées. Comme souvent dans ce type de relief il a fallu ériger plusieurs châteaux et forteresses pour contrôler la région. Nous passons ainsi à Turaida, avec sa grande tout massive de briques rouges qui permet de surveiller les alentours.

Turaida

Il faut se recueillir devant la tombe de Turaidas Roze, dont la légende dit que cette jeune fille de 19 ans fut égorgée par un officier suédois parce qu’elle se refusait à lui, étant par ailleurs amoureuse du jardinier du château. Le mythe romantique du beau suédois en a pris un coup chez les dames de notre groupe!

Tallin, la Carcassone du nord,…

A l’entrée de Tallin, la longue banlieue aux immeubles identiquement laids, gris et d’aspect inconfortable nous rappelle que les soviétiques n’étaient pas des surdoués en urbanisme.

La gaieté et l’humour de notre nouvelle guide estonienne compensent une météo menaçante qui virera franchement à la pluie. D’emblée elle nous appelle « chouchou », croyant sans doute que ce petit nom, donné par la Première Dame de France à son époux, concernait en fait tous nos compatriotes.

Au bord du golfe de Finlande, Tallin profite de belles plages à proximité, où certains courageux de notre groupe osent tremper leurs pieds.

...les pieds dans la Baltique

Ne nous attardons pas sur le caractère portuaire de cette ville de marins remplie de boîtes de nuit et de bars etc.… ; en revanche, admirons la beauté de ce site.

Tallin

Près du rivage, la vieille ville médiévale est protégée par ses remparts aux pieds de sa colline depuis des siècles, tel Carcassonne au bord de la Baltique. En haut de la ville, les églises des 3 religions chrétiennes et les bâtiments de l’administration et du pouvoir. En bas, le quartier des artisans, commerces et guildes.

Le site est unique, l’accès par la mer est facile: tous les jours les bateaux de croisière déversent à Tallin des foules de touristes et notre visite ressemble parfois au Métro aux heures de pointe.

Après avoir joué des coudes dans la partie haute, notre groupe peut découvrir, plus en flânant, les rues de la partie basse, le quartier des bourgeois: la plus vieille pharmacie d’Europe où est encore décrite la composition des drogues médicinales à base de chauve-souris et peau de serpent ( on y trouve maintenant de l’aspirine), les trois maisons jointes des Trois Sœurs, preuve que les problèmes d’indivision ne datent pas du Code Civil de Napoléon, et en haut d’un pignon, la tête statufiée d’un homme qui surveille la rue. L’histoire dit que la maîtresse de maison, n’en pouvant plus de voir son mari épier les jeunes filles du cours de danse d’en face, avait posté là, la tête de son mari. Cette bourgeoise était plutôt une petite bourgeoise!

Plus loin, étrange, un immeuble laid, les soupiraux murés, que les lettons n’osent regarder. L’ancien siège du KGB. Ambiance oppressante.

la maison du KGB

Tallin est la dernière étape de notre séjour. Un séjour d’une semaine pour notre groupe de 23 personnes. La probabilité que l’anniversaire d’un d’entre nous ne tombe cette semaine était forte. C’est sur Michel (le trésorier barbu, pour être plus précis et éviter des confusions) que c’est tombé. Happy birthday, gâteau à une bougie (à cet âge, c’est diplomatique et plus facile à souffler), discours de Michel dont personne ne se souvient et, en cadeau, un très beau livre sur Tallin que Michel est bien heureux de compulser maintenant chez lui.

Le lendemain, c’est fini. Il faut reprendre l’avion pour Paris. Alors, un peu comme pour des enfants à la fin des colonies de vacances, Jean-Claude, notre photographe officiel, nous réunit tous dans l’aérogare sur le même cliché souvenir.

la fin de la colo


Des souvenirs,…

Des souvenirs, nous en avons beaucoup. S’il est vrai que les voyages forment la jeunesse, on peut alors affirmer que les retraités de Prédica ont pris un sérieux coup de jeune.

Qu’avons nous appris? Que retenir?

D’abord des paysages où la forêt est partout. C’est monotone mais c’est beau. De plus en cette fin de mai, nous avons eu la chance d’avoir dans l’ensemble un beau temps qui a masqué la rigueur du climat de ces trois pays.

La nourriture est bonne et nous avons eu l’agréable surprise de manger des crudités à chaque repas. La boisson à table est la bière, mais il y a dans notre groupe un noyau dur de gaulois qui ne connait que le vin !

Les gens? L’ambiance? Il était difficile pour nous de nous faire une idée précise. Au travers de nos discussions avec nos trois guides, nous réalisons que la page des dernières occupations, allemande et surtout soviétique, est longue à tourner et il en reste encore des traces. Ainsi beaucoup de jeunes pensent que leur avenir est ailleurs. Ici et là (musées, personnel hôtelier,…) on sent encore les pesanteurs et la nonchalance d’un système bureaucratique. Paradoxalement, la langue russe de leur ancien occupant reste souvent le moyen de communiquer le plus pratique!

Certes l’Union Européenne est présente partout avec son drapeau, ses très belles restaurations de bâtiments et d’immeubles, ses routes, ses élections mais aussi les 4×4 de ceux qui ont fait fortune. Elle peut être fière d’avoir accueilli ces pays en plein marasme économique.

Mais est-ce vraiment suffisant et vraiment pertinent ? Il semble que pour les Baltes le chemin soit encore long avant qu’ils ne retrouvent vraiment leur joie de vivre.

Enfin il nous reste les souvenirs du groupe. Un groupe au départ un peu disparate qui s’est vite soudé grâce à la chaleur communicative d’activités partagées (repas, excursions, visites, concerts,…) et au souhait de chacun d’entretenir la bonne humeur.

Rédaction et crédit photos :  Michel Maurau

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Catégories : VIE ASSOCIATIVE

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